La vie de Louis Toncini a couvert le XXe siècle puisqu'il est né en 1907 et s'est éteint fin 2002...

On dit de lui qu'il est un peintre de la couleur, un "autodidacte de la couleur". Pourtant tout jeune, il se destinait à la sculpture dont il suivra tout d'abord les cours à l'Ecole des Beaux-Arts de Marseille. Mais très vite "attiré par la couleur, les rapports de tons" (pour reprendre ses mots), il s'inscrit aussi à ceux de dessin.
Nous sommes en 1923, il a 16 ans.
Lorsqu'il se rend à Paris, il passe ses journées au Louvre... D'abord séduit par Manet, il se tourne ensuite vers Cézanne chez qui il admire surtout "la rigueur absolue de la construction."  Il admire aussi Gauguin, Van Gogh, Monticelli, plus tard Picasso et surtout et avant tout, ses maîtres Seyssaud et Chabaud.

A 19 ans (1926), il expose pour la première fois à la galerie-librairie Guibert à Marseille en compagnie de Serra et de Simon-Auguste qu'il a connu à l'Ecole des Beaux-Arts, puis ce sera à la galerie Detaille (une autre galerie marseillaise emblématique de cette époque) en présence de Seyssaud lui-même.

Peu après, en 1928, il participe au mouvement de la "Jeune Peinture Marseillaise" et fondera le groupe des "Peintres prolétariens" en 1931, avec Serra, Cadenel, Simon-Auguste, Tognetti auxquels se joindront Ambrogiani et Diana, groupe qui s'appellera "Peintres du peuple"  (1934 à 1936).
Ce mouvement voulait réagir par rapport "à une peinture conventionnelle de l'époque". Louis Toncini écrit à ce sujet: "L'expressionnisme pour nous en Provence, autour de nos maîtres Seyssaud et Chabaud, a été une vision nouvelle de la réalité de notre milieu social."  Ainsi, il peint le monde du travail, les quartiers populaires, les usines, le port marchand... dans des toiles aux tons assourdis.

Il fréquente aussi la première Maison de la Culture à Marseille. Il y rencontrera Picasso, Aragon, Malraux, Barbusse... dans une ambiance de grande effervescence intellectuelle et artistique. Dans cette même période, il collabore à la revue "Les Taches d'encre", créée entre autres par son ami Cadenel.

En 1932, à 25 ans se tient sa première exposition particulière à la galerie Jouvène à Marseille tout en participant aux expositions collectives à la Maison de la Culture.

La peinture ne l'empêche pas d'exercer son activité de staffeur-décorateur. Il est rapidement sollicité par les plus grands architectes marseillais, pour son "coup de crayon", son sens du volume et des proportions, et parmi d'autres, par Marcel Pagnol pour le décor de son film "Manon des sources".

Ce sens de la matière et du volume a toujours marqué sa peinture. Ses toiles, très construites, deviennent plus éclatantes au lendemain de la Libération. Le geste se fait plus large, la pâte plus dense, les formes plus suggestives, l'énergie plus intense et plus chaleureuse à la fois. Le critique d'art Alauzen dira de lui qu'il s'apparente à un "fauvisme tempéré".

C'est ainsi qu'il va être reconnu comme le chef de file de l'Ecole de Rive-Neuve. Le quai de Rive-neuve à Marseille..., c'est là qu'il a son atelier d'où il peint le Vieux-Port, mais aussi des intérieurs, des natures mortes, des bouquets, tout en fréquentant l'atelier de Marguerite Allard (pour les nus, par exemple).
"C'est la nature qui me donne le choc", dit-il. Il part peindre des collines du Rôve jusqu'à Callelongue et dans la campagne aixoise.
En 1950, l'acquisition d'une maison à Saint Clément-sur-Durance (près d'Embrun, dans les Hautes Alpes) puis des séjours en Haute-Provence sont l'occasion de traiter de nouveaux sujets: rives de la Durance, montagnes, travaux des champs et villages....

Avec le temps, la couleur s'est assagie; elle se marie avec des tons plus nuancés. "Une peinture charnelle", dit-on. Alauzen écrivait que ses toiles sont "structurées, lumineuses et jubilatoires". Sa peinture devient plus "peinture" et sa couleur plus "couleur" en faisant la part belle à la liberté du motif.

Peintre connu et reconnu, il expose dans la France entière (Paris, Lyon, Montpellier, La Rochelle et Marseille aux galeries Jouvène, Mérenciano, Berlioz). Plusieurs musées font l'acquisition de ses oeuvres. En 2000, il figure parmi les peintres exposés au musée d'Orsay à l'occasion de l'exposition sur La Provence des peintres. Peu porté à courir les honneurs, il reçoit pour l'ensemble de son oeuvre, le prix Jean Roque de l'Académie des sciences, des Lettres et des Arts de Marseille en 1997.
A 92 ans, il reste toujours d'une étonnante jeunesse d'esprit et de corps, littéralement porté par sa passion et sa joie de peindre.
En 1999, un an après le décès de Madeleine, son épouse, il se trouve physiquement diminué mais il continue de vouloir dessiner jusqu'au bout, en décembre 2002, à 95 ans.

Homme fidèle, droit et généreux, amateur de musique classique, curieux des hommes et de son époque, sa peinture, toujours sincère, porte la marque de son extraordinaire vitalité et de son optimisme.


                                                                Michèle Benoit-Toncini

 


Bibliographie succincte:

La bohème à Marseille, Louis Blin, 1946, Ed. Aubanel
La peinture en Provence, André Alauzen, 1984, Ed. Jeanne Laffitte
Maîtres Provençaux de 1859 à nos jours, André Alauzen di Genova, 1998, EEMP/Horizon
La merveilleuse Provence des Peintres, André Alauzen di Genova, 1999, NAEF/Auberon
Dictionnaire des peintres et des sculpteurs de Provence-Alpes-Côte d'Azur, André Alauzen di Genova, 2002, Ed. Jeanne Laffitte
La Côte bleue vue par les peintres, Claude Darras, 2012, Edition Gaussen